chapelle saint luc

Historique

Dunkerque,dernière ville libérée par les armées alliées  le 9 Mai 1945, était détruite à plus de 90%.La citation que lui conféra alors le Général de Gaulle était bien méritée:  Avant-poste du territoire (....) sacrifiée à l'intérêt supérieur de la nation. Détruite en Mai et Juin 1940 au cours d'opérations (Dynamo...) qui permirent aux forces britanniques et à certaines forces françaises de se replier en Angleterre pour y continuer la lutte (....). Soumise durant cinq ans à des raids aériens incessants, libérée, la dernière ville de France après avoir été systématiquement détruite et pillée par un ennemi aux abois (....) demeurera par le courage, l'abnégation, l'héroïsme de ses habitants, le pur symbole des hautes vertus françaises.

Des milliers de Dunkerquois "évacués" par les Allemands en 1943-1944 en Côte d'Or, en Isère, dans l'Aisne etc... revinrent dans leur cité en 1945 et certains furent "logés" dans des baraquements (U.K) construits aux Glacis Nord et Sud.

Le Conseil Oecuménique des Eglises (COE), situé à Genève en Suisse, envoya d'office une Chapelle qui fut installée aux Glacis Nord en 1946-47 sur un terrain municipal, loué pour une somme modique. La Chapelle St Luc fut alors affectée au culte de l' Eglise Méthodiste dont le pasteur fut M. SMET. Suite à des problèmes internes, l'Eglise Méthodiste demanda son rattachement à l'Eglise Luthérienne et cela a pris effet le 14 Mai 1956 (déclaration à la Sous-Préfecture de Dunkerque).

Lorsque la municipalité de Dunkerque décida de remplacer la cité de constructions provisoires en bois ( baraquements U.K ) par une cité d'HLM aux Glacis Nord, le Pasteur M. COLLARDEAU obtint du Maire, M. Paul ASSEMAN, l'autorisation de reconstruire la Chapelle sur une parcelle de 180 M², Rue du 110ème R.I. Le déplacement eut lieu 01/10/1957.

                                                                                     RECONSTRUCTION

 

                                                                                      dscf0082-1.jpg  

LES LOGEMENTS PROVISOIRES A DUNKERQUE APRES LA GUERRE 1940/45.

 -         Baraquements et UK.100 dits chalets américains.

-         Communication faite à la commission historique du Nord pour la société d’histoire et d’archéologie de Dunkerque, par ODETTE BONTE, membre de la société d’histoire.

 8.000 maisons préfabriquées actuellement installées dans notre pays viennent d’être cédées à la France sur les surplus américains, elles sont destinées aux ports Français. DUNKERQUE aura-t-elle sa part ? Titre la VOIX DU NORD de Décembre 1945. La question mérité d’être posée, 350 maisons sont arrivées à Calais, venant de New York sur un liberty schip

 

  dscf0080.jpgdscf0064.jpg

, mais aucune de ces maisons n’était destinée à Dunkerque… et pourtant.

 La nécessité de la mise en place de logements provisoires est impérative. Le problème du logement s’était posé dès la destruction de Dunkerque en 1940. Si es besoins collectifs avaient été couverts tant bien que mal, les besoins individuels des familles ne seront vraiment pris en compte qu’avec l’arrivée de ces logements « dits provisoires en 45/46.

 La première solution d’urgence est la maison préfabriquée ou… le baraquement. C’est une maison dont les éléments sont construits en usine et assemblés sur le lieu même où elle doit être établie.

Procédés constructifs répétitifs, ils doivent leur efficacité à la rapidité de mise en œuvre, ils constituent une réponse à un besoin réel. Il faut absolument redonner un toit aux familles expatriées afin de permettre leur retour au pays.

 A Dunkerque comme dans les autres communes de l’agglomération, le problème du relogement est évoqué dans les conseils municipaux, le 25 Novembre 1945, 500 habitants seulement sont relogés, constat pessimiste mais réaliste.

Monsieur DUCOUSSOT, Ingénieur en chef départemental de la reconstruction à Calais réceptionne 800 chalets préfabriqués dont l’aménagement comprend : une salle de bain, chauffage au gaz, (ce que l’on oublie de préciser, comme on le verra par la suite, c’est que rien n’est prévu pour le faire fonctionner) une belle cuisine avec fourneau, salle de séjour et chambres,W.C avec réservoir à eau en porcelaine etc.… ce sont les UK.100 ou chalets américains

 1.250 chalets étaient attendus, ils devaient reposer sur une fondation carrée de 7 m, 31 sur 7 m 31. La maison est à double paroi, celle à l’extérieur est un genre d’isorel dur, à l’intérieur de l’isorel demi-dur. Le plafond est en matériau isolant, l’’tanchéité du toit est assurée par un carton américain genre goudron. Le montage de chaque chalet doit s’effectuer en 72 heures, mais aucun des entrepreneurs locaux ne se déclare capable d’un tel record ! (Voix du Nord du 22.12.1945)

Avec les baraquements, ils couvriront une bonne partie de l’agglomération Dunkerquoise.

 Les inscriptions pour les demandes de baraquements étaient faites au cours d’une permanence, tenue tous es soir par Monsieur Victor DESFONTAINE, déléguée de la commission du relogement qui se dévouera corps et âme à cette tâche. Cette permanence se tenait au 3e étage  du 18, rue de soubise, Mairie de l’époque, y assistait également le Dr Dolain, adjoint au logement. Monsieur André DESFONTAINE fils, qui a vécu ces évènements m’a précisé, que de nombreux demandeurs se présentaient chez eux, aux glacis entre 11 h 30 et 13 h 30, de nombreux repas étaient ainsi sautés ! Le samedi et le dimanche étaient consacrés à la visite des chantiers et constructions des baraquements.

 La mise en place ne se fait pas facilement.

Il faut en effet réquisitionner des terrains pour planter ces baraquements. Pour les terrains appartenant aux communes, tout se passe bien, par contre les particuliers se font tirer l’oreille. Des sociétés sont également sollicitées, avec à la clé des indemnités d’éviction, ou par exemple des baux symboliques comme ceux signés avec les coopérateurs de Flandre et d’Artois.

Si nous prenons l’exemple de Coudekerque Branche, nous avons des terrains réquisitionnés rue Félix Faure, ils appartenaient à la société civile des Ecoles libres, rue Charles St Venant, terrains particuliers, rue Gesquière, rue Celestin Malo, rue Parmentier, etc.…

 Un projet utopique est à signaler : une série de baraquements  implanter dans le quartier du théâtre qui constituerait une véritable cité artistique. A ma connaissance il n’a jamais vue le jour.

 Plus près de la réalité quotidienne est l’implantation de baraquements commerciaux de la place Jean Bart.  Regroupés, ils permettraient l’approvisionnement des habitants, le marché avait été lui, transplanté Place Vauban. Ces commerces resteront en place au moins une dizaine d’années.

 

dscf0065-1.jpg

 Mais la situation ne s’améliore pas, Gustave ROBELET, Maire signale qu’une importante partie de la population n’a pu réintégrer la ville faute de logements, par contre les installations de la pouponnière suisse sont arrivés.

 Les U.K100

 sont là également, mais M. Olivier souligne la lenteur de l’installation des préfabriqués, route des bains, l’intendance ne suit pas. Monsieur DESFONTAINE proteste énergiquement au sein de conseil contre les lenteurs apportées à l’installation électrique, depuis des semaines, dit-il, on attend.

Pas d’électricité non plus, Bd Carnot qui est dans un état déplorable, on demande l’éclairage du pont. Ce manque d’électricité augmente les dangers d’incendie que pourraient provoquer les éclairages à flammes Et nous sommes en 1946, problèmes, problèmes partout, le 14 juin on assiste au retour massif des réfugiés de la côte d’or, que va-t-on en faire ?

 Au stade tribut, les baraquements demeurent occupés par les ouvriers de la reconstruction, ils empêchent la réinstallation des sinistrés dunkerquois, l’urgence appelle la réalisation rapide du cantonnement de l’île jeanty qui pourrait alors accueillir les ouvriers.

 Rien n’est simple, d’autant plus que les ouvriers logés au stade Tribut avec leurs familles n’ont aucune envie de s’en aller dans les célèbres baraques de l’O.N.C.O.R connues de tous les dunkerquois.

Le ton monte au conseil municipal, Monsieur DESFONTAINE déclare :

« Que les ouvriers étrangers occupant les baraquements du stade Tribut doivent rapidement laisser la place aux sinistrés et s’installer dans le cantonnement de l’ile Jeanty, un autre conseiller ajoute « si dans 1 mois, les baraquements ne sont pas évacués, je mets le feu ! (sic) ».

 

dscf0095.jpg

Pas d’eau, pas d’électricités, pas de système d’évacuation, devant cette situation de laisser aller, de gabegie totale, les sinistrés s’organisent et sous l’impulsion de M. DESFONTAINE, présent sur le terrain (il y laissera d’ailleurs sa santé) se créent des comités de défense des intérêts des locataires, embryon des associations de défense des locataires actuelles.

 

La Voix du Nord du 9 avril 1947 signale qu’à Dunkerque, les habitants des cités du Mail, du carré de la vieille, Sion, de la rue St Charles se sont réunis au café de l’Indicateur, route de Bergues, sous la présidence de M. DESFONTAINE, il déclare que la commission a décidé de ne pas payer les loyers, ils le feront lorsque les baraquements provisoires seront entièrement terminés.

 Un sinistré fait remarquer : à Lille, un baraquement en dur, coûte 880 F par mois, ici, pour un baraquement en bois, on voudrait nous faire payer 500frs !

Au sujet des toitures, il y a parait il, pénurie de carton bitumé, or M. DESFONTAINE a appris l’existence d’un stock de 1.800 rouleaux qui moisit au dépôt de la caserne Jean Bart !

 Très rapidement les comités de « BARAQUINS » se multiplient, comité des chalets U.K.100, des cités du Kursaal, des baraquements des fortifications, des glacis, etc.…

 Les réclamations sont d’importance, elles concernent : la viabilité des terrains, la fourniture d’eau, d’électricité, de gaz etc.

Au cours d’un conseil municipal, M. Victor DESFONTAINE trouve inadmissible que l’on réclame 500 F par mois aux sinistrés dans ces locaux provisoires, dénués de gaz, d’électricité, d’eau et où l’on dort avec un parapluie !

 Les habitants des glacis réclament l’eau à domicile à corps et à cris, il leur est très pénible d’aller à la « petite pompe » par des températures de – 15°, certaines bornes sont d’ailleurs gelées, c’était en février 1947.

Les locataires des chalets américains se réunissent à l’hôtel du cygne à Malo, toujours sous l’égide du dévoué Victor DESFONTAINE, ils jugent les loyers abusifs, de plus, ils trouvent l’assurance incendie assez chère, elles constituent un véritable loyer. Ils demandent un bûcher pour éviter de « mettre le charbon dans la baignoire » et les pommes de terre… sous le lit ! La finition des fosses d’aisance, le cimentage des soubassements, un éclairage extérieur, l’installation rapide du gaz, l’enlèvement régulier des ordures ménagères.
Parmi les revendications qui viendront par la suite, s’ajoutent la mastication des carreaux, le déblai des déchets accumulés autour de certains UK 100, une barrière au bord du canal, le comblement des tranchées, un arrêt du tramway près du pont.

 Quelques progrès sont quand même notés, on termine les plaques à compteur, le gaz arrive, la lumière extérieure es réalisée, la peinture extérieure va rapprendre.

 Les loyers sont fixés par la commission de relogement qui propose :

-         125 Frs pour un baraquement de 3 pièces

-         150 frs pour un baraquement de 4 pièces

-         175 frs pour un baraquement de 5 pièces.

-         U.K.100 : 250 frs, un baraquement commercial 150 Frs.

 La vie des locataires n’est pas facile, ils étaient très inquiets au sujet des toits des UK 100, pensant qu’ils ne résisteraient guère à une tempête dunkerquoise. La tempête a soufflé, ce ne
sont pas les toits des U.K.100 qui se sont envolés, mais bien ceux… des baraquements des Glacis !  Pour la remise en état des toitures, il y eut un litige avec un syndicat qui refusait que les ouvriers fassent les réparations un samedi et u dimanche…mais c’est une autre histoire.

 En conclusion, la reconstruction s’étire en longueur, en 1952, les  baraquements sont toujours présents, la vie dans les baraquements malgré les aléas de l’installation reste dans la mémoire des dunkerquois qui l’ont vécue, comme une expérience qu’ils ne regrettent pas. Une  vie sociale active s’était développée dans les cités de baraquements, renforçant un certain esprit communautaire.

 Ce que confirme une enquête réalisée par l’UFCS sur les femmes et l’habitat dans la région dunkerquoise, vers la fin des années 79/80. Elle fait été des regrets, de nostalgie par rapport à la vie dans les baraquements, bien que connaissant le confort des logements HLM, elles mettaient en avant :

-         la liberté de vie

-         la possibilité d’une maîtrise des charges

-         les rapports entre voisins, certes parfois conflictuels mais très chargés d’une réelle solidarité.

Baraquements en cité ou chalets américains, les habitants s’étaient très bien appropriés ce type de construction, les aménagements de cours, les jardinets fleuris ne manquaient pas.

 Les chalets américains, solides, bien conçus, pouvaient défier les années. Certains le feront, démontés à partir des années 1958, ils seront rachetés pour certains par des particuliers pour être réédifiés sur des terrains leur appartenant, afin de servir de résidence principale, d’autres serviront de résidences secondaires à la campagne, au bord de la Houlle notamment.

 Une page sera tournée avec le départ des habitations provisoires, l’ère des ZUP et des ZAC commence, la cité des glacis sera remplacée par des immeubles, elle gardera toujours son esprit communautaire, grâce à son association de quartier.

 TEMOIGNAGE DE COLETTE CRUSE – Equipière de la CIMADE, installée aux glacis en 1946.

 Installés dans la cité provisoire des Glacis à Dunkerque, nous vivions de façon très sommaire dans un grand baraquement en bois, couvert de carton bitumé, comprenant trois pièces, cuisine, petit sanitaire et une grande salle équipée de table et de bancs. Nous avions l’électricité, pas de gaz, un point d’eau, avec accès direct sur le quartier, un poêle à charbon dans la salle. Même pendant la guerre je n’avais eu si froid.

La population était faite de familles nombreuses, les hommes travaillaient sur le port envahi d’épaves. La vie reprend avec beaucoup d’aides : secours populaire, croix rouge, nous distribuons les fameux colis « care »venus d’Amérique, des vêtements, nous essayons surtout de répondre aux besoins locaux, soins à domicile, encadrement des jeunes (aide scolaire) cours ménagers pour les jeunes filles, foyer ouvert aux jeunes le soir. L’accueil des vieillards, avec ceux venant même de Malo les bains, revenus dans des maisons démolies et vivant encore dans les caves, pour eux nous préparons un goûter, nous avons deux groupes de 50 chaque semaine, plus visites, soutien moral etc..

 Nous n’avions guère de directives concrètes, il fallait inventer à mesure et découvrir comment nous situer  au milieu de l’invasion constante des jeunes. Exposés à tous les regards, bienveillants ou curieux, notre Equipe mixte faisait question : deux équipières, un équipier américain. Qui étions nous ? Une secte ? la vie privée ?

 Pour le concret il fallait se débrouiller avec nos salaires et le petit budget du poste. Le travail évoluait et les équipiers aussi. Nos équipes avaient le souci d’annoncer l’évangile par la vie et l’entraide concrète. Nos liens fréquents avec les autres équipe de Petite Synthe et Coudekerque nous ont beaucoup aidés.

 Voici deux petites histoires pour illustrer notre vie dans les baraquements des glacis.

 LE FAUTEUIL.

 Au cours de l’un de nos goûters des vieillards, un des habitués nous parle de sa femme infirme. Visitée, nous la découvrons faisant son ménage à quatre pattes, et ce depuis des années, sans jamais pouvoir sortir, si seulement elle avait un fauteuil roulant, chose rare et chère à cette époque !

 Notre équipier américain se démène, il fait appel à l’émission radio de Jean NOHAIN : la Reine d’un jour ! Réponse : arrivée d’un fauteuil, un peu archaïque, mais fonctionnel ! Joie ! Nettoyé, enrubanné, nous le plaçons à côté du bonhomme, sous le regard complice des autres : regards extasiés : ah, voilà ce qu’il nous faudrait !

Il lui a fallu un bon moment pour comprendre et croire que cette merveille était bien à lui, pour de vrai ; Alors, il part en flèche et revient au bout d’une demie heure avec sa femme dans le fauteuil : Triomphe !

 A la sortie de l’école, les enfants qui venaient faire leur devoir chez nous, les raccompagnent en chantant : nous les reverrons chaque semaine.

 HISTOIRE DE TROIS GENERATIONS.

 Une très vieille dame solitaire nous raconte que pendant la guerre de 14/18, sa fille unique avait épousé un soldat anglais et n’avait plus de ses nouvelles, ni même son adresse. Elle la croyait à SOUTHEMPTON. Elle ne sait, ni lire, ni écrire. Notre américain entreprend des démarches pour la retrouver et…il y parvient. Alors commence un échange de courrier par notre intermédiaire et notre traduction. La vieille dame nous dicte sa lettre, nous l’expédions, recevons la réponse en anglais et la lisons à notre destinataire. Nous découvrons que cette dame anglaise a deux enfants, deux jeunes adolescents forts désireux de connaître leur grand-mère, et aussi qu’elle a perdu son mari cet hiver là. Nous décidons d’organiser des retrouvailles en famille, tant que grand-mère vit encore. Et voilà les deux jeunes invités chez nous pour une semaine de vacances et leur mère chez la grand-mère.

Quelle aventure de communication va se passer dans notre foyer ? La grand-mère parle le français, gestes, sourires, regards de tendresse qui parlent encore mieux que nos traductions simultanées, quelle fête dans tout le quartier, entre trois générations séparées par deux guerres…et le chanel. Cela se passait aux glacis en 1946.

 ODETTE BONTE.